Vampire Hunter D : Bloodlust
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Vampire Hunter D : Bloodlust
Vampire Hunter D : Bloodlust Né de l’imagination du romancier Kikuchi Hideyuki, la saga de 17 romans Vampire Hunter D eut droit à une adaptation (du premier roman) en un film d’animation en 1985. 15 ans plus tard (en 2000), une seconde adaptation (du troisième roman cette fois) en long-métrage d’animation américano-japonaise voit le jour. Il s’agit de Vampire Hunter D : Bloodlust. On retrouve à la direction une grosse pointure de l’animation japonaise, avec l’aide des studios Madhouse, Yoshiaki Kawajiri (Ninja Scroll, Animatrix, Highlander : The Search for Vengeance) tente, une fois de plus à partir d’un moyen budget, de rendre une adaptation fidèle et retranscrivant de la meilleure façon possible l’univers créé par l’auteur. Un pari plutôt risqué sachant que le film est destiné au grand écran, avec qui plus est une ouverture hollywoodienne. Alors pari réussi ou raté ? Vampire Hunter D : Bloodlust est-il un hommage ou un simple recyclage d’histoires de créatures aux longues canines ?

“D” est un Dunpeal, mi-homme et mi-vampire, qui n’est accepté par aucune des deux communautés. Torturé par ses origines bâtardes, il est devenu l’un des meilleurs chasseurs de créatures de nuit. Il fut engagé pour retrouver Charlotte, enlevée par un puissant vampire du nom de Meier Link. Une rivalité s’engage alors entre lui et le clan Markus pour sauver la jeune fille. Dans cette traque infernale, D va se rendre compte que les apparences sont souvent trompeuses… L’action prend place dans un futur très lointain où nous retrouvons le mystérieux D, fruit de l’union entre un vampire et une humaine. Solitaire et torturé, il ne vit que pour traquer les êtres de sa trempe, à savoir vampires ou autres monstres avec canines et peau affreuse de préférence. C’est dans ce contexte que s’ouvre le récit, avec D engagé, en parallèle avec d’autres chasseurs de prime, pour ramener Charlotte enlevée par le vampire Meier Link. Débute alors une concurrence entre lui et le clan Markus sur celui qui ramènera la jeune fille avec pour le premier l’intention d’empocher la récompense. Un scénario qui ne s’annonce pas des plus original, mais qui arrive très vite à surprendre avec ses révélations et ses subtilités très agréables. En effet, même si la trame du film peut se résumer à une meurtrière course poursuite, la diversité des péripéties et personnages affirment la richesse de l’œuvre et démontrent la maîtrise de Kawajiri dans son domaine de prédilection : la mise en scène des personnages. Ainsi, chaque membre du groupe Markus se voit doté d’une aptitude spécifique. Le plus intriguant reste Grove, l’homme agonisant capable de se battre avec son surpuissant corps spectral. Les Barbarois, monstres à la solde des vampires, sont tout aussi dotés d’apparence et de pouvoirs variés (le guerrier se déplaçant parmi les ombres rappelle Ninja Scroll d’ailleurs). Au centre de tous ça, on retrouve et avec un plaisir sans feint D (comme Dracula ?), le paria au sombre passé qui s’est désormais repenti en être solitaire et tourmenté luttant contre sa nature vampirique. Il est habité par un parasite versatile, mais capable de dissiper des sortilèges. Calme et parfaitement professionnel en mission, il est l’un des plus célèbres et efficaces chasseurs. D est sans exagération le pilier de l’histoire, il parvient à lui seul à cristalliser de la passion chez le spectateur avec son charisme étouffant et son humanité presque inappropriée. Il représente le repentir et la volonté de sevrage de la pire des addictions.

Pour en venir aux thèmes abordés, le réalisateur nous bluffe avec sa capacité à puiser remarquablement dans le grand réservoir des classiques sur les vampires, en revisitant les sujets à la sauce Kawajiresque. Le résultat est pour le moins impressionnant puisqu’il nous remontre, sans impression de déjà vu, des thèmes comme l’amour impossible, l’immortalité, le manque d’humanité (paradoxalement chez les humains), le racisme… L’influence des œuvres américaines de vampires est ubiquiste. On retrouve alors une scène d’introduction sortie tout droit du Dracula et les Femmes de Freddie Francis (1968), et un gang Markus faisant penser à la bande de Jack Crow du Vampires de John Carpenter (1998), mais surtout des délires décoratifs clairement inspiré du Dracula de Francis Ford Coppola (1992). L’auteur aura, toutefois, le mérite de placer les événements de Vampire Hunter, dans un monde futuriste et post-apocalyptique qui sort du contexte ordinaire des histoires de suceurs de sang. S’en suit alors un mélange d’anachronismes. On pourra voir par moment des véhicules et gadgets très sophistiqués qui font référence à la société anticipative dans laquelle se déroulent les événements, et d’autre part des châteaux à l’architecture médiévale et des vampires s’habillant en costumes de 19ème siècle et se déplaçant à l’aide de calèches. On aura aussi droit à des scènes inspirées de westerns américains (Leila entrant dans un saloon et commandant une bière). Vampire Hunter est-il une œuvre “fourre-tout” ? Possible, mais ceci est loin d’être gérer n’importe comment. On sent que le réalisateur chevronné qu’est Kawajiri tente une approche expérimentale du genre. Le résultat reste appréciable pour certains, puisque cela apporte une touche de singularité et d’authenticité à l’œuvre originale, mais pas forcément pour d’autres qui penseront que les histoires de créatures de nuit ne peuvent évoluer que dans un univers sombre et glacial.

Les affrontements entre ces différentes créatures sont un tantinet trop courts ; on reste un peu sur notre faim malgré les summums de beauté artistique qu’atteint le combat final. Il faut savoir que l’histoire est avant tout une histoire d’amour à caractère conatif. Un amour illicite manifestement touchant, que l’auteur emploi avec grâce pour adoucir l’univers frénétique et désorienté du récit. La scène où Meier Link brûle sous le soleil pour sauver sa bien-aimée est un bouleversant engrenage de romance et de passion. L’ensemble porté par l’envoûtante musique de Marco D’Ambrosio : une déflagration de lyrisme. Les graphismes éloquents sont là pour fignoler le tout, collant très justement avec l’univers ; décors variés et très détaillés avec images de synthèse s’intégrant parfaitement avec les dessins classiques, couleurs sombres qui se marient avec le style un peu gothique du chara design (signé Yutaka Minowa) dégageant un feeling très particulier. Vampire Hunter D : Bloodlust est un chef-d’œuvre d’habileté visuelle doublé d’une renversante histoire d’amour. Même si la coproduction américaine lui a obligé quelques scènes d’action en trop, le scénario tient parfaitement la route jusqu’à se déployer dans la dernière demi-heure pour nous offrir une scène de clôture d’une poésie rarement atteinte. C’est très certainement l’un des meilleurs films de vampires de ces dernières années et un grand hommage aux classiques du genre : une plongée dans un monde totalement tordu qui peut servir d’excellente initiation à l’anime pour les profanes, mais aussi de délectation suprême pour les initiés















